Témoignage

Entretien avec sœur Lydia

« Je suis sœur du Cénacle depuis 40 ans. Je peux donner des dates, des moments précis qui ont déterminé ma conversion et mon appel. Je me souviens par exemple d’un moment particulier, lors de mes études de médecine, où je travaillais dans un service pour les personnes âgées dépendantes, un lieu très impressionnant où des personnes très malades, en fin de vie étaient rassemblées, toutes serrées dans la même salle. Nous avions organisé un goûter et il y avait cette femme âgée, qui avait toute sa tête et qui était aveugle. Nous avions eu des échanges très profonds, et à un instant précis, j’ai senti que Dieu existait, que la souffrance n’avait pas le dernier mot, que Jésus m’aimait, et que je pouvais répondre à cet amour en devenant religieuse. Voici un autre événement majeur : un jour, je suis allée à la messe et le prêtre m’a demandé de faire une lecture, une première pour moi ! Il s’agissait de l’extrait des Actes des Apôtres, sur les disciples au Cénacle. J’ai lu qu’ils étaient tous rassemblés, Les apôtres, avec Marie et des femmes… et il m’a semblé voir mon nom à la fin de la liste ! J’étais chamboulée cette fois encore. Une autre fois, au restaurant universitaire, j’ai vu une affiche qui disait « Quatre jours de silence pour étudier », je me suis dit « Tiens, pourquoi pas, pour réviser les cours… » et je ne savais pas que c’était une retraite spirituelle. J’ai ensuite rejoint un groupe de jeunes catholiques et j’ai demandé à être accompagnée par une sœur du Cénacle.

Toutes les sœurs ne ressentent pas un appel aussi distinct ou n’ont pas des moments précis gravés dans leur mémoire, comme j’ai pu le vivre.

J’ai choisi la Congrégation du Cénacle d’abord parce que j’étais accompagnée spirituellement par elles, je les connaissais et je connaissais leur apostolat. Mon expérience professionnelle en néonatologie a été déterminante également, j’ai senti que nous étions à la fois inutiles et indispensables, que nous étions des instruments pour faire vivre.

Je me souviens au Cénacle d’avoir eu une sensation d’être « à la maison », d’une communauté accueillante. La fondatrice, Thérèse Couderc, est aussi importante pour moi, son côté bourru me ressemble ! Elle semble un peu dure, mais je la vois comme une mère. Son texte Se Livrer dit une chose importante : il faut se livrer entièrement à Dieu, ne rien retenir. La Congrégation est aussi marquée par l’accompagnement spirituel par des femmes et pour des femmes. C’est une position avant-gardiste pour l’époque, et le père Terme avait senti qu’il fallait que les femmes accompagnent d’autres femmes dans la foi, et qu’il ne fallait pas laisser cette charge forcément aux prêtres. En étant aumônière en lycée ou dans d’autres établissements publics, j’ai recueilli la parole de jeunes qui me faisaient confiance, j’ai écouté en essayant de ne pas juger. Je vois, j’accompagne beaucoup de gens qui se demandent quel sens a la vie, ou quel sens a eu la vie qu’ils ont vécue, je vois le questionnement permanent du sens de la vie, cette question lancinante.

Il a fallu renoncer aussi, bien sûr, à la maternité, à avoir des enfants, une famille, et ça n’a pas été facile puisque mon métier de sage-femme m’avait plongée dedans ! Ça a été un choix. Nous faisons vœu de pauvreté mais je ne manque de rien ! Nous partageons tout et nous vivons simplement malgré l’apparence de certains de nos bâtiments qui sont d’abord des instruments au service de ceux que nous accueillons.»

Sœur Lydia, communauté de Versailles

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