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Danielle Mérian : une femme contre l’excision

C’est la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une fillette surprend une conversation entre son père, qui a été résistant, et sa mère. Le père tient une enveloppe entre les mains. Il dit à sa femme : « Il ne faut pas que les enfants voient ça. » Seulement, voilà : la fillette « ne supporte pas la censure ». L’enfant ira donc chercher ladite enveloppe dans le bureau de son père…

Lorsque Danielle Mérian évoque ce souvenir, plus de soixante-dix ans plus tard, l’émotion est intacte, les larmes ne sont pas loin : « Ce fut un choc terrible. Je découvre ce jour-là des photos des camps de concentration. Du haut de mes 7 ans, je me demande avec effroi comment certains hommes peuvent faire cela à d’autres hommes. Et je me dis : quand je serai grande, je défendrai les plus faibles. »

Ainsi, de la compassion naît la volonté de lutter contre toute forme d’injustice dont l’être humain peut être victime : elle sera avocate.

Une avocate aux multiples engagements

Danielle Mérian se spécialise dans le droit de la famille et du divorce. « J’ai aimé mes clients, dit-elle simplement. Après certaines rencontres au cabinet, j’éprouvais le...

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C’est la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une fillette surprend une conversation entre son père, qui a été résistant, et sa mère. Le père tient une enveloppe entre les mains. Il dit à sa femme : « Il ne faut pas que les enfants voient ça. » Seulement, voilà : la fillette « ne supporte pas la censure ». L’enfant ira donc chercher ladite enveloppe dans le bureau de son père…

Lorsque Danielle Mérian évoque ce souvenir, plus de soixante-dix ans plus tard, l’émotion est intacte, les larmes ne sont pas loin : « Ce fut un choc terrible. Je découvre ce jour-là des photos des camps de concentration. Du haut de mes 7 ans, je me demande avec effroi comment certains hommes peuvent faire cela à d’autres hommes. Et je me dis : quand je serai grande, je défendrai les plus faibles. »

Ainsi, de la compassion naît la volonté de lutter contre toute forme d’injustice dont l’être humain peut être victime : elle sera avocate.

Une avocate aux multiples engagements

Danielle Mérian se spécialise dans le droit de la famille et du divorce. « J’ai aimé mes clients, dit-elle simplement. Après certaines rencontres au cabinet, j’éprouvais le besoin d’ouvrir la fenêtre pour respirer à pleins poumons. Arriver à un protocole d’accord nécessite un entretien souvent éprouvant. » Cette implication dans son travail faisait dire à certains de ses clients : « Vous êtes chrétienne, n’est-ce pas ? ». Elle répondait oui…

Cette carrière n’est pourtant que la partie émergée de l’iceberg. Danielle Mérian est également engagée, depuis des décennies, dans des associations de défense des droits humains.

Tiers accompagnant à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), militante infatigable, notamment à Prisonniers sans frontières, elle va un jour faire face à un nouveau défi. « En 2013, je participe au conseil d’administration de Parcours d’exil, association qui vient en aide aux personnes victimes de tortures : j’en suis alors la vice-présidente. Le docteur Duterte, directeur du centre de santé de la structure, nous parle ce jour-là de jeunes femmes guinéennes membres d’un groupe de parole qu’il a créé. Elles ont été excisées et mariées de force, et présentent souvent des cicatrices dues à la maltraitance. » Elle poursuit : « En 2013, l’excision, c’était encore tabou. Moi-même je ne savais pas que cela existait ! »

Ces femmes souhaitent constituer une association pour leurs petites filles restées au village, afin qu’aucune d’elles ne subisse ce crime : elle s’appellera SOS Africaines en danger. Mais ces femmes ne sont pas passées à l’Ofpra ; elles ne peuvent donc pas déposer les statuts à la préfecture. Qu’à cela ne tienne : « Je suis devenue la présidente de l’association, dit-elle, comme une évidence. Mon lien fort avec les membres de SOS Africaines en danger s’est noué lorsque je leur ai parlé du code Napoléon… L’incapacité juridique de la femme mariée n’a disparu qu’en 1938, l’année de ma naissance ! » Ces femmes guinéennes comprennent alors que les Occidentales aussi ont dû se battre, l’année 1938 ne marquant que le début de ce combat pour leurs droits.

Ne cherchant nullement à cacher sa colère, l’avocate honoraire explique : « L’excision est une mutilation sexuelle, et c’est intolérable. Cela peut aussi avoir des conséquences dramatiques : des fillettes meurent des suites d’une hémorragie, des femmes meurent en couches… »

Soigner, expliquer, éduquer

Le programme de SOS Africaines en danger : faire circuler, dans chacun des dix pays d’Afrique de l’Ouest dont ces femmes sont originaires, un schoolbus, transformé pour une moitié en dispensaire, pour l’autre moitié en cybercentre… soit dix bus en tout. Le pays pilote est le Sénégal. Les bus circuleront dans chaque recoin des villages pour soigner, mais aussi expliquer, éduquer… Quant aux cybercentres, ils permettront de diffuser des vidéos, notamment sur les réseaux sociaux. Par exemple, une exciseuse va expliquer pourquoi elle a arrêté sa pratique. Mais pour que tout cela puisse se faire, l’association a plus que jamais besoin de dons.

« J’ai connu l’Afrique grâce à Prisonniers sans frontières, où je milite toujours », reprend Danielle Mérian. Membre de l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) depuis 1975, peu après sa création, elle évoque avec bonheur sa fondatrice, Hélène Engel. « Elle m’a appris le culot. L’esprit de mon amie Hélène, c’était de dire : c’est impossible ? Alors on va le faire ! »

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Son inspiration. L’inlassable Stéphane Hessel

« À 93 ans, Stéphane Hessel traversait encore tout Paris en métro pour aller parler des droits humains », se souvient Danielle Marian. Et à la fin de son intervention, il nous récitait des poèmes en français, en allemand, en anglais. Il était intarissable sur la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, à laquelle il avait participé. Ce témoin est un modèle pour moi. Je l’ai connu à l’Association des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat). Son credo n’était pas seulement : « Indignez-vous », titre de l’opuscule mondialement célébré, mais : « Agissez » ! Par exemple, lorsqu’il a dénoncé le fait que la Méditerranée soit devenue un cimetière. Quand je me sens fatiguée, alors que je n’ai « que » 82 ans, je pense à Stéphane et je me dis : « Au boulot ! ». »

 

Source La Croix

Danielle Merian

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