D’argile et d’or
À Versailles, une journée de récollection et de formation a marqué l’ouverture de l’année du Bicentenaire de la Congrégation. Ce temps fort a été vécu dans le désir de « grandir en s’abreuvant à la source du Cénacle ». À travers des images, des textes, des temps d’intériorisation et de partage, nous sommes entrés ensemble dans le dynamisme du Jubilé, en nous laissant toucher par ce qui nous anime et nous fait vivre.
Dès l’ouverture de cette année jubilaire, la Congrégation a accueilli un thème qui accompagnera tout son cheminement : d’argile et d’or. Cette expression, simple et profondément évocatrice, a été reçue comme un don de l’Esprit, capable de rejoindre le cœur même de la spiritualité du Cénacle.
Un symbole qui parle de la vie
Le thème d’argile et d’or s’inspire librement du Kintsugi, un art ancien venu du Japon. Le Kintsugi consiste à réparer des objets brisés en mettant en valeur leurs fissures plutôt qu’en cherchant à les dissimuler : les cassures sont recollées à la laque et soulignées d’or, donnant naissance à une réalité nouvelle et transformée.
Cette image éclaire profondément notre expérience spirituelle. L’argile de notre humanité — fragile, vulnérable, parfois blessée — peut devenir le lieu où se révèle l’or qui vient de Dieu. Il ne s’agit pas d’une simple réparation, mais d’une véritable recréation, d’une vie renouvelée par la grâce et l’amour.
Une spiritualité aux sources convergentes
Le Cénacle, lieu d’argile et d’or
Depuis l’origine, le Cénacle est un lieu où l’argile et l’or se rencontrent. Les disciples y apportent l’argile de leur humanité : leur désir de comprendre et d’aimer, leur capacité de relation et de confiance, mais aussi leurs peurs, leurs résistances et leurs blessures. Les récits évangéliques évoquent des fractures profondes — la mort du Christ, la douleur du reniement et de la trahison, l’épreuve de la séparation lors de l’Ascension.
Ces blessures ne sont ni cachées ni niées. Elles sont habitées avec espérance. La communauté ne se disperse pas ; elle demeure ensemble, laissant ouvert l’espace creusé par l’absence visible de Jésus. Dans la prière d’un même cœur, les disciples s’ouvrent à une autre forme de présence, attentifs à ce qui peut advenir. Alors, ils peuvent accueillir l’or de la Résurrection et devenir, par le don de l’Esprit, des témoins ardents de l’Évangile.
Un chemin intérieur de transformation
La tradition ignatienne a également nourri cette journée. Les textes des Exercices proposés soutiennent un chemin intérieur où se déploie la rencontre entre l’argile et l’or.
Les Exercices invitent à se reconnaître comme créatures reliées au Créateur, argile façonnée par un Dieu artisan de vie, appelées à trouver leur juste place dans une création à la fois fragile et merveilleuse, habitée par son souffle. Peu à peu, la vulnérabilité peut devenir un lieu d’ouverture à l’action recréatrice de Dieu. Là où le cœur blessé s’était durci, des brèches s’ouvrent, permettant à l’or de son amour de façonner en nous un cœur nouveau, un cœur de chair.
L’héritage des fondateurs
Les écrits des fondateurs donnent à voir l’argile de notre humanité commune : la vie bien remplie du Père Terme, habitée par de nombreux désirs et préoccupations, et la vie simple de Mère Thérèse, traversée par les inquiétudes et les craintes de son âme.
Au cœur de cette humanité, cependant, brille l’or qui vient de Dieu. Un don reçu et partagé, qui irrigue leur vie et l’oriente en profondeur. Pour Mère Thérèse, cet or se manifeste dans l’expérience d’un Dieu bon envers sa petite créature, dans la paix goûtée à son service et dans l’attrait d’une union toujours plus profonde avec Lui. Pour le Père Terme, il conduit à une simplification intérieure toujours plus grande, jusqu’à n’avoir qu’un seul désir : faire l’œuvre de Dieu.
Chez l’un et l’autre, la rencontre entre l’argile et l’or ouvre à une profonde unification intérieure. Jour après jour, dans le choix de ne pas s’endurcir face aux difficultés et aux épreuves, mais de s’ouvrir à la grâce, leurs vies se laissent façonner par l’Esprit. Les fractures ne les brisent pas : elles deviennent des lieux de transformation et de nouveauté, où l’œuvre de Dieu peut se déployer.
Au début de ce Bicentenaire, le thème d’argile et d’or nous est donné comme une parole à habiter tout au long de l’année. Il nous invite à accueillir la grâce au cœur de notre humanité, à reconnaître la bonté présente en toute créature, à nous livrer à l’Esprit avec tout ce que nous sommes — y compris nos fragilités — et à nous laisser recréer par son Amour.
Nous avons toute l’année pour approfondir ce don, en découvrir les résonances et laisser cette parole orienter notre regard et notre engagement vers l’avenir. Osons entrer dans ce chemin avec confiance et espérance, certains que ce temps jubilaire saura féconder et renouveler notre vie.
Bon chemin à toutes et à tous !